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Pour les femmes sans domicile fixe, l'exposition massive aux violences
information fournie par AFP 14/04/2026 à 12:29

Une femme sans domicile fixe dans une rue de Paris, le 4 avril 2026  ( AFP / JOEL SAGET )

Une femme sans domicile fixe dans une rue de Paris, le 4 avril 2026 ( AFP / JOEL SAGET )

Insultes, exploitation, agressions sexuelles... Les femmes sans domicile fixe sont massivement victimes de violences, dénoncent associations et experts, alors qu'un procès pour un viol commis sur une femme sans abri s'ouvre à partir de mercredi à Paris.

Ladji S., 36 ans, sera jugé devant la cour criminelle départementale de Paris pour un viol commis en 2023 à proximité du boulevard périphérique parisien, sur Carole G., sans domicile fixe et aujourd'hui âgée de 42 ans. Un autre homme, Amadou D., 40 ans, sera jugé pour complicité, accusé notamment d'avoir porté des coups à la victime.

"Il est rare d'avoir ce type d'affaire devant la cour criminelle", souligne auprès de l'AFP l'avocat de Carole G., Ambroise Vienet-Legué, notamment car les victimes sans domicile se tournent peu vers la justice. Mais celle-ci "a pu être prise au sérieux dès le départ" car des policiers présents à proximité du lieu des faits sont intervenus immédiatement, sollicités par des passants, ayant rencontré la victime en état de choc.

En situation de vulnérabilité, les femmes sans domicile fixe sont surexposées aux violences, expliquent les associations.

"On ne peut pas les éviter", estime auprès de l'AFP Anne Lorient, 58 ans, victime d'une centaine de viols au cours de ses 17 années d'errance. Désormais sortie de la rue, elle gère une association qui soutient les femmes sans domicile, en organisant notamment des repas pour créer du lien, financés par une cagnotte en ligne. Le sujet des "violences reçues et leurs conséquences" y est systématiquement abordé par les participantes.

- Invisibles -

La "quasi-totalité" des femmes sans domicile ont subi des violences physiques et sexuelles dans la rue", qui "s'ajoutent" à celles "souvent" vécues "dans leur enfance, dans leur foyer ou au cours de leur parcours migratoire", constatait également un rapport sénatorial sur le sujet, publié en 2024. Il estimait leur nombre à 120.000, soit environ 36% des personnes sans domicile fixe.

La crainte de subir des violences amène ces femmes à adopter "des stratégies", comme "être très mobiles" et "éviter de ressembler à la figure du SDF", souligne à l'AFP Marie Loison, maîtresse de conférence en sociologie à l'Université Sorbonne Paris Nord.

Cela les pousse aussi "à davantage se tourner vers des formes d'hébergement informels", chez des connaissances ou des inconnus, mais elles y subissent aussi "plus de violences que les hommes". Par exemple, de l'exploitation domestique.

Cette même crainte fait qu'un certain nombre de femmes évitent les dispositifs et centres d'hébergement institutionnels. Pour les encourager à les fréquenter, des périodes ou espaces non-mixtes sont "indispensables", bien qu'il ne s'agit pas de "l'unique solution", estime auprès de l'AFP Vanessa Benoit, directrice générale du Samu social de Paris.

- Non-mixité -

Dans la capitale, le 115 gère notamment deux accueils de jour dédiées aux femmes, qui proposent des animations et un accès à des professionnels du soin et du social. "Nous avons cette capacité à attirer et accueillir ces femmes invisibles, à leur créer une bulle de paix qui font qu'elles nous parlent" de leurs parcours et des violences vécues "et qu'on peut ensuite orienter", décrit Vanessa Benoit.

La problématique des violences subies par ce public précaire a émergé ces dernières années, dans le sillage notamment du mouvement #Metoo de dénonciation des violences sexuelles. Mais les solutions adaptées manquent encore, pointent plusieurs acteurs.

Au sein du parc généraliste de quelques 200.000 places d'hébergement d'urgence, il existe des structures réservés aux femmes et d'autres aux familles, indique à l'AFP la Délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement (Dihal). En plus de cela, 11.700 places spécialisées, qui prévoient un accompagnement, sont dédiées aux femmes victimes de violences et à leurs enfants, contre 5.000 en 2017.

"Ces violences se produisent dans un contexte de manque de places d'hébergement et de crise du logement", pointe à l'AFP Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement. Il appelle ainsi à développer les solutions dédiées à ce public avec "accompagnement social et médical" ainsi que des logements sociaux.

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